BANC D'ESSAI N° 010  :  DAC 1    > TÚlÚcharger en pdf (1,28Mo)    > Imprimer < vers la page d'accueil du site

DAC 1  CONVERTISSEURS
SURTOUT CONNUE POUR SES CELEBRES AMPLIFICATEURS A LAMPES, LA FIRME AUDIO NOTE PROPOSE UN CONVERTISSEUR NUMERIQUE/ANALOGIQUE ORIGINAL PAR SON ETAGE DE SORTIE A TRIODES ...

      Parlez de la marque Audio Note à un passionné d'amplification à lampes et vous ne manquerez pas de voir ses yeux s'écarquiller car, à l'image de certaines voitures de luxe, les produits issus de ce petit constructeur japonais ont défrayé la chronique de la plupart des revues spécialisées à travers le monde. Ainsi le célèbre amplificateur intégré Ongaku s'est-il vu qualifié de meilleur intégré au monde par une célèbre revue britannique. Seule ombre au tableau de cette électronique à la musicalité exceptionnelle, son prix - plus de 400 000 francs - qui le classe définitivement dans la catégorie des légendes inaccessibles au commun des mortels. Une telle étiquette prix serait justifiée, selon le fabricant, par l'utilisation de fils d'argent pur pour le bobinage des transformateurs de sortie. Sans entrer dans la polémique nous ferons simplement remarquer à nos lecteurs qu'il faut moins considérer cet intégré comme un produit commercial que comme une vitrine technologique mettant en valeur le savoir-faire de la marque. Afin de créer une gamme de produits visant un plus large public, il fut décidé, en 1991, de la création d'une division anglaise chargée de construire, mais aussi de concevoir des maillons audio de haute musicalité qui respectent l'éthique sonore chère à monsieur Kondo, le créateur de la marque. Sous l'autorité de monsieur Qvortrup, la nouvelle équipe a donc relevé le défi et compte déjà de nombreuses réussites à son actif. Nous en avons retenu une pour ce banc d'essai : le convertisseur Dac1. Ce convertisseur se présente sous la forme d'un boîtier constitué d'une tôle pliée dont le format, plus profond que large, surprendra quelque peu les habitués du standard 19 pouces. La face avant, sobre et élégante , est constituée d'une plaque de méthacrylate noire aux angles biseautés du plus bel effet. Sur cette façade à la sérigraphie dorée sont uniquement présentes trois leds indiquant le format numérique de la source - 44,1 kHz ou 48 kHz - ainsi que le fonctionnement ou non du circuit de désaccentuation qui permet la lecture des quelques rares disques japonais enregistrés selon ce principe.

Sur la face opposée nous trouvons une connectique très complète constituée de deux prises BNC et d'une embase Toslink pour la partie numérique. Les sorties analogiques s'effectuent sur deux paires de RCA dont l'une transite par le circuit de désaccentuation qui est commutable. On remarquera également la présence de deux borniers de masses analogique et numerique. Mais c'est à l'intérieur que le Dac 1 montre tout le talent de ses concepteurs. On est en premier lieu surpris par la taille conséquente des circuits imprimés (un pour l'analogique et un pour le numérique), taille dictée par la volonté d'obtenir des pistes et des plans de masse larges pour un maximum de neutralité. Chaque carte possède ses propres circuits de redressement et de régulation, alimentés par un transformateur commun fixé au châssis.
L'examen des circuits numériques ne provoque aucune surprise car leur structure est des plus classiques : le signal transite en premier lieu par le bien connu circuit d'interface numérique YM 3623 B pour traverser ensuite le non moins célèbre filtre numérique DF 1700. La conversion proprement dite est effectuée par deux circuits Burr Brown référencés PCM 63P, et de résolution 20 bits. La seule originalité de cette carte concerne ses régulateurs qui ont bénéficié d'extensions en courant ainsi que d'un filtrage actif par toute une batterie de transistors. Nos lecteurs se doutent certainement que nous avons réservé notre enthousiasme pour la carte analogique. Celle-ci mérite en effet réellement le détour. Car si la quasi-totalité des concurrents utilise des amplificateurs opérationnels dans les étages de sortie, le constructeur Audio Note a choisi de n'en utiliser aucun. L'étage de conversion courant/tension utilise un réseau de selfs enfermées dans trois boîtiers métalliques de forme cylindrique. Enfin, l'étage final utilise deux doubles triodes 6922 Sovtek (version militaire des ECC88) dans une configuration dite SRPP (Shunt Regulated Push Pull) qui est en grande partie responsable de la dynamique foudroyante de ce convertisseur. La seule petite réserve que nous émettrons à l'encontre de ce circuit très bien pensé concerne l'absence de régulation de l'alimentation haute tension qui aurait permis de réduire encore le niveau de bruit. Sachant que le possesseur d'un Dac 1 peut le faire transformer en Dac 2 ou Dac 3, on peut espérer une future amélioration de ce détail.

Ecoute
Ne vous laissez pas rebuter par l'aspect austère de cette grosse boîte aux proportions déroutantes. C'est vrai que le Dac 1 ne paye pas de mine mais, croyez-nous, ceux qui feront l'effort de l'écouter avec attention seront largement récompensés. Nous l'avons minutieusement comparé à un Micromega Duo Pro, et la confrontation s'est révélée passionnante parce que les deux adversaires n'utilisent pas  du tout les mêmes arguments pour convaincre. D'abord, il faut reconnaître que  l'Audio Note avoue une nette infériorité sur le critère de la quantité d'informations transmises. Certains détails passent inaperçus, l'aigu est moins riche et les réverbérations apparaissent un peu étouffées. Ceux qui pensent que le critère de la quantité d'informations transmises est le seul valable peuvent donc arrêter de lire cet article et passer à autre chose : l'Audio Note n'est pas pour eux. En revanche, ceux qui aiment simplement la musique feraient bien de surmonter les dernières réticences que leur inspire la carrosserie sans grâce de ce convertisseur, et de lire la suite. A défaut de vous inonder sous un flot d'informations, l'Audio Note saura vous rendre sensible à la beauté de la musique car il restitue les plus infimes nuances avec une exactitude et une énergie exceptionnelles pour un appareil de cette catégorie.
Avec lui, les attaques, les accents, les vibratos, les variations de tempo, les inflexions, tout ce qui fait le prix des grandes interprétations apparaît subitement au grand jour.

Par comparaison, le Micromega semble plus linéaire, moins vivant, et les musiciens, plus lointains, même si sa transparence est manifestement supérieure. On constate le même paradoxe quand on s'intéresse aux timbres ou à la scène sonore. L'Audio Note monte nettement moins haut que le Micromega, mais il donne aux timbres des couleurs plus contrastées, avec un beau grain qui porte la marque des triodes de l'étage de sortie. Quant à la scène sonore, elle paraît plus ample avec le Micromega parce que la réverbération est mieux restituée, mais avec l'Audio Note le relief est plus marqué, comme si l'air circulait mieux entre les musiciens. Les contours semblent plus nets et la sensation de présence est globalement supérieure ...
Cette confrontation montre à quel point les problèmes que pose la conversion d'un signal numérique sont complexes : il ne suffit pas de transmettre le maximum d'informations, car cela se fait parfois au détriment du respect des écarts de niveaux et d'une certaine cohérence gobale du message musical. Face à des produits technologiquement très élaborés comme le Micromega, l'Audio Note a donc son mot à dire parce qu'il va droit à l'essentiel : en privilégiant la cohérence et la dynamique plutôt que le détail sonore à tout prix, il sert finalement mieux la musique que beaucoup de grosses machines à convertir nettement plus ambitieuses, et nettement plus chères. Alors si vous aimez avant tout la musique, allez donc écouter le Dac 1. Il n'y a pas de concurrent sérieux, à moins de 10 000 francs, pour lui faire de l'ombre.

 
 
 
Logiciel requis : ACROBAT READER - Source : magazine HAUTE FIDELITE (n° 19 - octobre 1995) ^^^   Haut de page   ^^^ © 2008